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Les obligations du peintre (Antonio Saura)

Dambulations de Guillaume Lebelle

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Journal de la galerie
Dambulations de Guillaume Lebelle - 03/05/2009
La peinture commence aussi loin quon puisse trouver des signes et continue de stendre comme au premier jour. De la prcision du trait parital aux quilibres penchs de Tal Coat, cest le mme instinct de trace qui est luvre. Le geste qui avance la main vers la surface pour venir la griffer ou la recouvrir compte parmi ceux qui fondent lespce, comme la parole ou le rire. La peinture dessine la permanence de notre passage dans la longue histoire.  Le travail de GL montre que cette exprience reste neuve.

Pas de sries mais plutt des familles de tableaux, ou encore des continents. Grands formats, petits formats, surfaces trs denses l'huile, peinture sur toile brute, papier journal, etc. . Toutes ces familles sont alimentes de concert et travailles de manire squence, sans quil y ait de stratgie. Pourquoi squence ? Une famille se cre et suit son temps propre, imprvisible, qui peut aussi bien sinterrompre en renvoyant ou pas une autre squence, un autre tableau laiss en attente. Le chemin de chacun sinscrit dans une dure vivante, avec ses arrts et ses reprises. Un geste abandonn peut trouver un cho sur un autre continent et prparer en mme temps son resurgissement lintrieur de sa propre famille. Ce jeu dchos trame au fur et mesure une lisibilit. 

Ainsi stablissent plusieurs gestes qui ont leur mouvement propre et une certaine constance de composition avec lespace alentour, un primtre merg de relation et dunit entre des touches tonalits diverses. Cest cet aspect particulirement sensible dans les grandes toiles qui me retient. Le texte de Deleuze Occuper sans compter : Boulez, Proust et le temps claire ce principe de liaison et dunit particulire au type de figures que lon rencontre dans cette peinture :  la manire dont des bruits et des sons dcollent des personnages, des lieux et des noms auxquels ils sont dabord rattachs, pour former des motifs autonomes qui ne cessent de se transformer dans le temps, diminuant ou augmentant, ajoutant ou retranchant, variant leur vitesse et leur lenteur  et plus loin  la vie autonome du motif, en tant quil passe par des vitesses variables, traverse des altrations libres, entre dans une variation continue .

La toile nest pas enduite et se laisse pntrer par la liquidit de la couleur, ce qui donne limpression dune couleur dans la toile plutt que dessus. A quoi il faut ajouter des variations de consistance interne la couleur lies lpaisseur du mlange, qui creusent la perspective des motifs. On obtient des corps ancrs dans la trame du tissu diffrents degrs et qui sen dtachent plus ou moins. Ce sont l plusieurs gestes, les uns laissant la couleur simprgner et dcider de ces contours, les autres poursuivant ou marquant le coup  la surface. Plusieurs motifs, autant de gestes de peinture, qui lun aprs lautre, instaurent une communaut despace, et finalement son unit.

A premire vue il ny a pas de figure. Sauf de rares indices identifiables (dont on conoit mal quils soient de simples accidents), les autres motifs pris sparment sont plutt des signes ou des gestes de libre peinture. Rien ne semble assigner ces gestes une fonction figurale. Et cependant les deux ou trois indices perus plus tt ont commenc tendre les axes dune distribution spatiale. Ils sont le point de dpart dune curieuse continuit qui reporte de proche en proche un caractre de figure. Il se produit une espce de figuration par induction entre des lments htrognes : lignes vives et lentes, courbures enfonces, griffures ponctues ou errantes, triangles flottants demi ouverts, vaguelettes, esquisses darchitectures repliant leurs artes, stries et ptales chapps des doigts, sauts de lange de brindille pavot

Gestes et signes se prcisent ou estompent leur contour diffrentes hauteurs. Certains aspirent des figures quils peuvent trouver et tenir, dautres sont en voie de repli et laissent lavnement la touche seule. Le regard compose avec ces diffrentes hauteurs et les entrane dans un jeu de correspondances et de rpons. On arpente la carte dune dissmination o les espacements et la blancheur maintenus par la toile brute dessinent des voies de circulation. Les quelques indices mieux identifis soutiennent des champs de reconnaissance et affermissent la trame de lespace. On traverse un univers composite fait de figures allant leur chemin propre et prises diffrents stades de leur dveloppement : coexistence de ltat larvaire et de la ruine, saut du distinct vers lindistinct (ou le contraire), interstices clairs de lumire filante.

Peinture et dessin se confondent dans un mme flux. On pourrait parler dune peinture qui dessine, se dlestant en route de sa charge dtre de la peinture. Et lentement merge de ce complexe de notations une perception claire, un substrat lumineux qui se dpose dans la mmoire. A cela nous reconnaissons la peinture, signe qui soublie,  signe lent,  lent venir et prompt cder le pas. Sa condition demeure: prendre le temps, laisser venir et revenir. Laisser insister sans savoir ce qui vient, et qui vient.  Et pareillement pour celui qui reoit,  aller rebours vers la gense du tableau  crit Paul Klee, refaire lentement le chemin du tableau. .